Didier : La revalorisation par le travail
Dans le cadre de notre projet « Visages et Voix de LMDES », nous rencontrons Didier, arrivé en septembre 2024 après un stage au printemps. Son parcours illustre comment un AVC peut tout bouleverser, et comment une entreprise adaptée peut redonner confiance et valorisation à quelqu’un qui se sentait dans une impasse.
Un parcours brutalement interrompu par un AVC
Avant d’arriver chez LMDES, Didier travaille dans un bureau d’études spécialisé dans les semelles et talons de chaussures de luxe : « Je faisais le bureau d’études. On faisait les premières pour après mettre en production. »
Un métier qui lui plaît : « Ça me plaisait beaucoup. On faisait tout pour mettre en production. » Son expertise est reconnue : « On ne travaillait pas au millimètre. On travaillait au micron. Pour les trucs de luxe. »
Puis tout bascule : « Après, j’ai eu mon AVC. » Vient s’ajouter un licenciement économique : « On a eu un licenciement économique. Pas parce qu’il n’y avait pas de boulot, parce que le patron faisait n’importe quoi. »
Didier devait faire partie des personnes conservées : « Je devais être dans les trois qui restaient. Et puis, finalement, il y a quelqu’un qui avait une carte d’invalidité. Et il a pris ma place. »
Une impasse et une reconstruction nécessaire
Les séquelles de l’AVC compliquent sa recherche d’emploi : « Le problème avec ma jambe, parce que ma séquelle, c’est la jambe. Je peux marcher. Je peux rester debout. Mais je ne peux pas me mettre à droite, à gauche. »
Il tente une expérience à l’Étoile du Vercors : « J’avais trouvé un truc qui me plaisait bien. M’occuper du robot. Il fallait mettre des données. Ça allait bien. Mais le problème, il fallait emmener le robot partout. Il fallait monter 100 mètres de haut. Avec ma jambe, je ne pouvais pas. »
Le sentiment d’impasse grandit : « Qu’est-ce que j’allais pouvoir faire ? Parce que maintenant, avec l’AVC, il y a des séquelles. Comme on dit, ça ne se voit pas. Mais les séquelles, la fatigue. Quand il y a plusieurs personnes qui parlent en même temps, ça me fait des brouhahas. »
La situation devient difficile : « J’étais dans une impasse. Je commençais à sombrer. Ce n’est pas mon style d’être dépressif. Je commençais à ne pas être bien. »
C’est une connaissance qui l’oriente : « C’est vrai que j’ai pensé à… Parce que je connaissais quelqu’un. Elle m’avait dit : il faut que tu ailles en RQTH. Moi, je n’ai jamais demandé. Moi, j’ai toujours eu du boulot. Je ne savais pas que ça existait, les RQTH. »
L’arrivée chez LMDES : retrouver sa place
Didier se rend chez son médecin : « Je lui ai dit : fais-moi le dossier. J’ai fait un stage ici en mars, avril, mai 2024. Et en septembre, Victor m’a redemandé de venir. Et depuis, je suis là. »
Un an après, le bilan est sans appel : « Ça fait un an que je suis là. Et ça me convient tout à fait. » Ce qui lui plaît particulièrement ? La diversité : « Déjà, je fais beaucoup de choses différentes. Je peux faire le savon. Je peux faire de l’agrafage. Je peux faire du minutieux. »
Cette polyvalence correspond à ses compétences : « Je suis assez minutieux par rapport à mes anciens boulots. Je ne peux pas faire quelque chose toujours pareil. Mais je veux dire, voilà. »
L’adaptation de son poste lui permet de gérer ses contraintes : « Finalement, je suis rarement fatigué. Cette semaine, j’ai fait du bonbon. Toujours debout. J’avoue que les jambes, ça commence… Heureusement que c’est vendredi. Mais ça va. Si c’est une fois par semaine, tu serres les dents. »
Didier fait partie des pionniers du projet La Noix Verte : « J’ai été le premier volontaire pour La Noix Verte. Ce qui me plaît beaucoup, c’est de partir de zéro. Tout ce qui est le développement. Les échecs. Parce que ça fait partie. »
Ce qui l’enthousiasme dans ce projet ? « J’aime bien le global. J’aime bien la chimie aussi. Même quand on fait les calendriers de l’avent, j’aime bien. Justement parce qu’il ne faut pas se tromper. J’aime bien le truc minutieux. »
La confiance retrouvée
Ce qui marque Didier, c’est la confiance accordée : « Victor me dit : tu t’occupes de la commande. C’est valorisant. Surtout quand tu es arrivé à un moment où tu te dis : qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? »
Cette revalorisation contraste avec la période post-AVC : « J’ai connu ça quand je faisais le bureau d’études. Mais pas après l’AVC. L’AVC, ça m’a… J’ai pris 25 kilos. Quand tu ne peux pas faire ce que tu veux, c’est difficile. »
L’engagement de Didier est total : « Moi, je suis toujours prêt à faire un nouveau truc. D’ailleurs, quand on fait un nouveau truc, généralement, c’est moi qui commence. Même avec le chronomètre, Victor me demande. »
Son implication est remarquée : « Je sais que j’ai beau faire le con, j’ai beau parler, j’arrive à parler en travaillant. Ça n’est pas donné à tout le monde. Quand je ne suis pas là, ils disent : ça fait drôle. »
Un esprit familial apprécié
Didier s’intègre rapidement : « En un an, j’ai bien pris ma place. Tout le monde me connaît. » L’ambiance lui convient : « C’est une famille. Même Charline, c’est ma chef. Elle le sait. Même si je rigole, je sais que c’est ma chef. Mais on ne se prend pas la tête. »
Il participe activement à la vie de l’entreprise : « Si tu remarques bien, je ne loupe jamais une animation. Même pour le concours de boules, j’avais prévu de partir en vacances. J’ai décalé pour pouvoir participer. »
Cette mobilisation s’est particulièrement manifestée lors de la campagne de crowdfunding : « Moi, j’ai même mis sur Twitter, tout le bazar. C’est vachement valorisant parce que tu as l’impression que les gens ne s’en foutent pas de cette entreprise. »
La réussite du crowdfunding l’a particulièrement marqué : « 20 000 euros. Moi, je n’aurais pas pensé autant. Il y a eu une vraie mobilisation. On a fait parler de nous. »
Un message aux personnes en situation de handicap
Fort de son expérience, Didier a un message clair : « Pas avoir honte. Pas avoir honte et surtout, faire le pas pour rentrer dedans. Passer la porte. C’est le plus dur. »
Il explique son propre cheminement : « Au début, de l’AVC, il ne fallait pas me parler de ça. Parce que pour moi, j’allais rebondir. Si jamais j’y allais, j’allais descendre alors que c’est l’inverse. »
Ce qu’il a trouvé chez LMDES ? « Ici, c’est revaloriser. Confiance et revaloriser, surtout. »
Il évoque aussi l’importance de l’adaptation : « Une table qui monte et qui descend, ça ne coûte pas 30 000 euros. C’est même étonnant qu’il n’y en ait pas plus parce qu’il n’y en a pas tant que ça. »
Un avenir serein
Didier projette clairement son avenir : « Jusqu’à la retraite, je reste ici. » Sa retraite étant dans dix ans, il se voit bien rester : « Ici, c’est chez moi. C’est ma maison. Je passe la moitié du temps ici. »
Son engagement se manifeste déjà : « Tu vois, on finit en décembre là. Je me suis inscrit pour faire la SCOP en avril. »
Ce qui compte pour lui ? « Ce n’est même pas une question d’argent. C’est surtout de travailler. Moi, je tournais en rond. Je commençais à devenir marteau à la maison. Quand tu es minimisé, tu ne peux pas faire ce que tu veux. Je commençais à devenir insupportable. »
Aujourd’hui, l’équilibre est retrouvé : « Là, je suis bien. Ça me permet de canaliser mon énergie. »
Le parcours de Didier chez LMDES illustre parfaitement comment une entreprise adaptée peut redonner confiance et valorisation à quelqu’un que la vie a mis dans une impasse. Sa polyvalence, son engagement et son enthousiasme témoignent d’une reconstruction réussie. Son message aux personnes en situation de handicap résonne comme une invitation à franchir le pas, à ne pas avoir honte et à se laisser une chance de retrouver sa place dans le monde du travail.

